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No home, de Yaa Gyasi, énorme coup de coeur !

5 mai 2017

Ce livre. Ce livre qui trônait dans ma PAL (pile à lire mais vous le saviez déjà n’est-ce pas ?) depuis plusieurs semaines. Ce livre que j’ai fait attendre. Ce livre et sa si jolie couverture. Ce livre, quel livre ! Mon premier coup de coeur de 2017 !

yaa-gyasi_no-home-calmann-levy-avis-blogRésumé :

Deux soeurs à la destinée bouleversante.
Trois siècles d’histoire.
« Une réussite éclatante. »
Los Angeles Times

XVIIIe siècle, au plus fort de la traite des esclaves. Effia et Esi naissent de la même mère, dans deux villages rivaux du Ghana. La sublime Effi a est mariée de force à un Anglais, le capitaine du Fort de Cape Coast. Leur chambre surplombe les cachots où sont enfermés les captifs qui deviendront esclaves une fois l’océan traversé. Effi a ignore que sa soeur Esi y est emprisonnée, avant d’être expédiée en Amérique où des champs de coton jusqu’à Harlem, ses enfants et petits- enfants seront inlassablement jugés pour la couleur de leur peau. La descendance d’Effia, métissée et éduquée, connaît une autre forme de souffrance : perpétuer sur place le commerce triangulaire familial puis survivre dans un pays meurtri pour des générations.
Navigant brillamment entre Afrique et Amérique, Yaa Gyasi écrit le destin d’une famille à l’arbre généalogique brisé par la cruauté des hommes. Un voyage dans le temps inoubliable.

Il y a des histoires marquantes, des livres dont on se souvient particulièrement, auxquels on repense parfois, que l’on recommande souvent. No home fait partie de ceux-là.

« Tu connais l’histoire du tissu kente ? » demanda Tansi.
Esi l’avait entendue cent fois, y compris de la bouche de Tansi, mais elle secoua la tête. Demander si on connaissait l’histoire faisait partie de l’histoire elle-même.

Cette histoire Ses histoires sont tout simplement passionnantes, la construction brillante, le sujet poignant… Un livre qui offre un délicieux moment de lecture comme on n’en a pas tous les jours !

Ils désiraient les mêmes choses, mais avaient des idées différentes sur les moyens  de les obtenir.

Tout commence en Afrique, avec Effia et Esi. Deux soeurs qui ne se connaissent pas. Deux soeurs qui vont connaître une destinée bien différente… qui va se répercuter sur leurs descendance à chacune d’elle.

C’était des hommes blancs, les premiers qu’Esi ait jamais vus. La couleur de leur peau ne lui rappelait rien, ni celle des arbres ni celle de la boue ou encore de l’argile.
« Ces gens ne viennent pas de la nature, dit-elle.
– Je te l’ai dit, ils viennent nous manger », répliqua Tansi.

Le premier chapitre nous conte Effia à un tournant de sa vie, le second s’attache à Esi, et les suivants vont, tour à tour, nous faire découvrir leur descendance, à l’une et à l’autre, chapitre après chapitre, sur 7 générations. Un récit titanesque portant en son coeur ces multiples vies, toutes liées mais qui s’ignorent, pour lesquelles chaque choix sera crucial et changera l’avenir de la lignée.

Jo avait tout fait pour que ses enfants n’héritent pas de sa peur, mais maintenant il aurait voulu qu’ils en aient un tout petit peu.

Des tranches de vie, où chaque chapitre se présente comme une nouvelle à part entière, tout en étant reliée aux autres. Et quand le lien se casse, nous seuls suivons le fil.

« La famille est comme la forêt : si tu es dehors, elle est dense ; si tu es dedans, tu vois que chaque arbre a sa place. » Proverbe akan

J’ai savouré ma lecture, en compagnie de ces femmes et ces hommes, dont nous seul, lecteur,  connaissons tous les secrets, les origines, la généalogie. Quand ils doutent, questionnent, rêvent, on a envie de leur souffler d’où ils viennent à l’oreille.

En grandissant Jo avait mieux compris la femme qu’il appelait Ma. Il avait compris que la liberté demandait d’incroyables sacrifices.

Même si j’avoue avoir moi aussi commencé à perdre progressivement le fil à partir de la deuxième partie. Le temps passe et le souvenir s’efface chez nous aussi… Tristesse et magie !

« Je veux être ma propre nation. »

L’Afrique et ses croyances, ses contes et ses malédictions, est un des univers qui m’a beaucoup plu… parmi tous les thèmes développés ! De la difficulté de survivre dans un pays colonisé, à la façon dont les colons ont montés les clans les uns contre les autres, la mise en place de l’esclavage, l’injustice, le rôle et la place des femmes, la difficulté d’être métisse, ni blanc ni noir, ni d’ici ni d’ailleurs, le sentiment d’être un étranger où qu’ils aillent, la question de l’héritage, l’importance du témoignage, de la transmission, des bonnes comme des mauvaises choses, des racines, conscientes et inconscientes, car même quand la lignée se brise et que les histoires de vie ne peuvent plus être transmises, quelque chose reste ancré au fond d’eux, au fond de nous. Malgré tout.

Et c’est ainsi que commença le cycle. Baaba battait Effia. Cobbe battait Baaba. […] Pour chaque cicatrice sur le corps d’Effia, il y en avait une correspondante sur le corps de Baaba, mais cela n’empêchait pas la mère de battre la fille, le père de battre la mère.

D’incroyables destins que ces destins déracinés, qui n’appartiennent plus vraiment à l’Afrique mais pas vraiment aux États-Unis non plus, tous bouleversants à leur manière. Une magnifique saga familiale. Un voyage que vous ne regretterez pas !

« Nous croyons celui qui a le pouvoir. C’est à lui qu’incombe d’écrire l’histoire. Aussi, quand vous étudiez l’histoire, vous devez toujours vous demander : « Quel est celui dont je ne connais pas l’histoire ? Quelle voix n’a pas pu s’exprimer ? » »

Un livre qui voit loin. Un livre fort, fabuleux. Un livre à lire… et à relire. Définitivement.

No home, de Yaa Gyasi, aux éditions Calmann-Lévy, 450 pages | 21,90 euros

Une découverte que je dois aux Éditions Calmann-Lévy : un grand merci pour cette recommandation marquante, un livre dont je me souviendrai longtemps.

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