Art, musique & littérature, Paris

FANTASTIQUE ! Voyage(s) au bout de l’imaginaire

1 octobre 2015

Temps de lecture > 6 minutes.

Aaah, je suis heureuse de vous parler de deux expositions sur l’estampe fantastique qui ouvrent leurs portes aujourd’hui au Petit Palais et que j’ai pu visiter hier, en avant-première et en présence des commissaires d’expositions (BONHEUR) : Fantastique ! Kuniyoshi, le démon de l’estampe et L’estampe visionnaire, de Goya à Redon.

Je connais très peu l’art de l’estampe et j’avoue que l’idée ne me serait pas venue spontanément d’aller découvrir ces deux expositions sur le thème du fantastique au 19ème siècle (et je serai passée à côté d’une sacrée belle initiation !). Cinq pages de notes plus tard, voici de quoi vous donner un avant-goût et préparez votre visite :-)

pic by Julie Duval - blog Formally-informal.com

Kuniyoshi, le démon de l’estampe

Kuniyo-qui ? J’avoue n’avoir jamais entendu parlé de cet artiste. Et Gaëlle Rio, conservatrice au Petit Palais et co-commissaire de cette exposition, me met toute suite à l’aise : cet artiste japonais, pourtant très connu en Europe au 19ème siècle, n’a plus aujourd’hui la notoriété qu’il avait à l’époque. C’est même la première exposition qui lui est consacrée en France ! Et pas de publication non plus, le catalogue de l’expo sera la première en français sur l’oeuvre de Kuniyoshi. Étonnant car il a beaucoup influencé l’univers du manga… et du tatouage !

Copyright photo Julie Duval - blog Formally Informal

Je découvre son répertoire riche, original et « moderne » d’estampes polychromes. Les couleurs explosent, l’oeil est attiré de tous côtés par des mondes fantastiques qui nous ouvrent leurs portes aussitôt qu’on y pose le regard… emplis d’action et de poésie.

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L’estampe, de part son format et son prix accessible (un bol de nouilles à l’époque !), se trouve être un élément important de la culture populaire qui a pu être diffusé auprès du plus grand nombre… pour se retrouver souvent accrochée en décoration intérieure dans les maisons des familles, riches comme modestes.

Et comme je les envie ! Moi aussi, je rêve d’accrocher une de ces estampes chez moi. Elles sont fascinantes car rien n’y est figé, on prend l’histoire en cours, au moment où tout semble se jouer. Je plonge dans chacune d’elle, inlassablement.

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L’exposition Kuniyoshi le démon de l’estampe nous fait aussi faire un bond dans le temps, dans le Japon du 19ème : courtisanes, geishas, spectacles du théâtre de kabuki, combats de sumos, paysages changeant au fil des saisons, éventails et kakémonos… Et, en particulier, ses estampes de guerriers tatoués, en plein combats avec des monstres et créatures fantastiques.

kuniyoshi-guerriers-tatouages-estampes-japonaises-19e-siecle-exposition-paris-petit-palais_2015-blog-formally-informalLa visite se termine sur une salle d’estampes humoristiques et satiriques où on se rend compte du regard amusé et critique que portait Kuniyoshi sur son temps et ses contemporains : caricatures, jeux d’images, double sens… Mais mes préférées sont les représentations d’animaux anthropomorphes ! Le La commissaire de l’exposition (c’est une femme, zut !) explique qu’il s’agit là d’une astuce de la part de Kuniyoshi pour contourner la réforme de l’époque interdisant les représentations d’acteurs (menant une vie trop luxueuse aux goûts de ses dirigeants, tiens tiens ^^).

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Après un couloir aux animations magiques (je n’en dis pas plus, c’est à voir !), une salle didactique où on apprend tout sur les techniques de fabrication des estampes japonaises… En écho aux techniques françaises montrées dans la deuxième exposition (on fait l’une à la suite de l’autre), séparées par un voile tiré entre les deux espaces.

Copyright photo Julie Duval - blog Formally InformalJ’ai été conquise et j’espère que vous le serez aussi ! Mention spéciale pour les fans de tatouages, de films d’animation japonais, de mangas, de dessins ou de voyages, foncez ! Et emmenez vos enfants si vous en avez, ça risque de leur plaire beaucoup aussi :-)

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L’estampe visionnaire, de Goya à Redon

En un couloir et quelques pas, on passe du monde coloré de Kuniyoshi à celui sombre (et un peu macabre parfois) de la deuxième exposition : L’estampe visionnaire. Le moyen d’expression est le même (l’estampe), le thème est le même (le fantastique), l’époque est la même (le 19ème siècle) et pourtant les deux univers sont extrêmement différents.

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Cette sensation de flottement, comme quand on éteint la lumière et que nos yeux mettent un moment pour s’habituer à l’obscurité. On passe du tout au tout. Insomniaques ? Habitués aux cauchemars ? Pas besoin de vous faire faire le tour de la propriété, vous êtes chez vous !

« Le sommeil de la raison engendre des monstres. » Francisco de Goya

Cette citation et l’estampe de Goya ci-dessous, qui vont influencer plusieurs générations d’artistes, nous accueillent. Ce sera le fil noir de l’expo.

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C’est intéressant car la visite commencée une heure plus tôt du côté du Japon prend un tournant tout à fait différent, comme quand un rêve vire soudainement au cauchemar : défilé de créatures tantôt intrigantes tantôt effrayantes dans un univers nocturne… Fantômes, squelettes, diableries fantastiques, apparitions et danses macabres. Tout en noir et blanc. Allez à deux exceptions près (véridique, vous les verrez plus bas).

Il y avait un besoin pour ces artistes de se soustraire au réalisme, au positivisme ambiant.

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Les lignes colorées, rondes et puissantes de Kuniyoshi se confrontent aux traits sombres, cassants et minutieux des artistes français de la seconde exposition. Un choc agréable.

Et si la première partie sur Kuniyoshi m’a rappelé les films de Miyazaki, ici c’est plutôt dans l’univers de Tim Burton que j’atterris.

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Des noms connus s’affichent rapidement comme Delacroix, Victor Hugo ou Redon, à côté d’autres plus confidentiels, au talent tout aussi remarquable mais qui ne sont pas passés à la postérité.

L’importance donnée aux détails, la représentation de mondes intérieurs, les fabuleux clairs-obscurs… J’apprends, je découvre.

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Valérie Sueur-Hermel, conservatrice en chef au département des Estampes et de la photographie de la BNF et commissaire scientifique de l’exposition, insiste sur la définition même du fantastique : l’intrusion d’éléments surnaturels dans un monde réel, un dialogue entre le réel et l’imaginaire. C’est drôle, inquiétant, envoutant, monstrueux… fantastique, oui c’est le mot.

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Et parce qu’on n’a pas une commissaire d’exposition avec soi tous les jours, la question du noir et blanc se pose : pourquoi ? Pour distancer la réalité et retranscrire un langage de l’esprit plus que du réel. Une réponse complétée par cette jolie citation sur un mur un peu plus loin :

« Il faut respecter le noir. Rien ne le prostitue. Il ne plaît pas aux yeux et n’éveille aucune sensualité. Il est agent de l’esprit bien plus que la belle couleur de la palette ou du prisme. » Odillon Redon

En tombant sur des livres illustrés, où les textes avaient d’ailleurs été rédigés après les dessins, c’est amusant, Valérie en profite pour parler du rapport étroit entre l’estampe et la littérature (c’était aussi le cas pour Kuniyoshi). Un grand nombre d’oeuvres sont inspirées par des récits de Goethe, Hoffmann, Victor Hugo (qui dessinait aussi !), Baudelaire, ou encore Poe…

fantastique-estampe-visionnaire-exposition-petit-palais-paris-odillon-redonDernière salle. Probablement ma série préférée sur la peur de la mort liée à l’amour et à la femme… Pas sûre que j’aurai pu en dire autant sans l’éclairage de notre guide, je serai même sûrement passée totalement à côté. Oui parce que ces estampes viennent du fait qu’à l’époque, les maladies vénériennes étaient très répandues… alors le rapport aux « rapports » était légèrement différent que celui qu’on connait aujourd’hui en France… d’où ces femmes, élégantes mais « vénéneuses », attirantes mais représentées avec une tête de mort… Fascinant !

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Fin de la visite. Et là où les scènes de Kuniyoshi nous happaient, dans l’exposition L’estampe visionnaire, c’est à nous de nous approcher, plisser les yeux légèrement pour laisser la magie opérer, voir le monde apparaitre… Et découvrir en quoi le noir se révèle finalement couleur.

Prolonger l’expérience… à la maison !

Quel(s) voyage(s) ! Je n’ai pas envie que ça s’arrête et bien sûr, je ne résiste pas, je ne rentre pas seule… Pourtant je suis toujours résolue à consommer de façon responsable en réduisant mes achats : je me passe très bien de sessions shopping ou de nouveaux vêtements à ajouter dans mes placards, mais tirer un trait sur les livres et le thé… C’est trop dur ! (chacun sa drogue)

pic by Julie Duval - blog Formally-informal.comAlors, après être passée par la boutique, je repars avec un ouvrage sur les contes japonais remplis d’histoires très courtes et qui se lit tout seul (oui j’ai commencé dans le métro aussitôt ^^), le thé de Maître Kuniyoshi, un thé vert Sencha spécialement créé pour l’expo par George Cannon avec des notes de poire et coing (yum yum)… et un livre pour enfants (comment ça je suis trop grande ?), illustré avec les dessins de Kuniyoshi : parfait en amorce ou pour continuer l’aventure à la maison avec vos enfants – et si vous n’en avez pas, empruntez ceux des autres, ça marche aussi, ou faites comme moi : lisez sans aucune excuse ! :-)

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Un grand merci aux deux commissaires d’exposition, Gaëlle Rio et Valérie Sueur-Hermel, pour cette visite inspirée et inspirante, au Petit Palais pour cette belle programmation et à Cathy pour ce merveilleux moment. Merci.

© Julie Duval pour toutes les photos de cet article, capturées avec mon #NXmini, merci :-)

Infos pratiques

Fantastique !
Kuniyoshi, le démon de l’estampe et L’estampe visionnaire, de Goya à Redon

Du 1er octobre 2015 au 17 janvier 2016
Petit Palais
Avenue Winston Churchill
75008 Paris
Métro : Champs-Élysées Clemenceau (ligne 1)

Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h, nocturne le vendredi jusqu’à 21h

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1 Comment

  • Reply La #NuitBlanche à Paris, un évènement à faire au moins une fois dans sa vie – Formally Informal by Julie Duval 8 octobre 2015 at 11 h 56 min

    […] de bonheur avec le combo PARIS x CULTURE x #NXmini : si cet article vous a plu, il y a deux expositions à voir absolument au Petit Palais en moment. Mon récit à lire ici avec toutes les infos & commentaires des commissaires […]

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