Art, musique & littérature

L’Âme du monde

23 juin 2015

C’est l’histoire d’une rencontre. Un titre, une couverture, un message, une envie, un moment. Le 8 janvier 2015. Déboussolée par l’évènement de la veille, il n’y a qu’un endroit qui puisse me remettre sur pieds : une pièce avec des livres. En l’occurrence il m’en fallait beaucoup pour m’éclairer. Sans réfléchir, je me suis habillée, avalant un verre d’eau et prenant à peine le temps de puiser des forces dans une barre de céréales, je me suis dirigée vers la librairie la plus proche de chez moi, comme aimantée.

Un cataclysme planétaire

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J’ai tourné en rond pendant près d’un quart d’heure, allant du rayon philosophie à l’étagère divertissement, des ouvrages de photographie à ceux d’histoire. C’est seulement une fois mon esprit apaisé par la vue des ces bouquins, une fois ressenti ce sentiment de chaleur, de bien-être, de réconfort que j’ai enfin commencé à y voir clair. Au-delà des rayonnages et étalages, au-delà de cette masse colorée et disparate, je les ai vues, les couvertures, les titres, les mots. Je sortais du brouillard.

Je me suis dirigée instinctivement vers le coin consacré aux religions, ce que j’étais venue chercher. Un livre a attiré mon attention, puis deux puis quatre puis sept, puis, les bras pleins jusqu’au cou, je suis allée m’installer dans endroit calme de la librairie. Je les ai posés au sol et j’ai écouté. Le silence d’abord. Leur crépitement ensuite. Ils s’agitaient, ils voulaient être lus, sentir les paumes douces et chaudes les tenir fermement. Je les regardais s’agiter, se laissant aller à l’excitation, celle du contact qui approchait, du partage d’idées, de ces histoires qu’ils allaient conter. C’est à ce moment là que je me suis dit que tout n’était pas perdu. Tant qu’il y aurait des livres et des gens pour les tenir, les lire, les prêter, les corner. Des gens pour lire les histoires et les conter. Des gens prêts à écouter.

Cinq méditations sur la mort (autrement dit sur la vie), L‘amour sauvera le monde, Petit traité d’histoire des religions, La part du colibri, 3 minutes pour comprendre les 50 plus grands courants religieux et spirituels, Say a little prayer, et L’âme du monde. C’est face à ces sept sages que je me suis assise, à même le sol, le matin du 8 janvier dans cette librairie. Chaque fois que j’en prenais un en main, je m’apaisais davantage. Une fois que j’ai eu retrouvé mes esprits et décidé lesquels m’accompagneraient à la maison, je suis partie, de la sagesse aux bouts des doigts.

Voyage initiatique

Sur le chemin de la librairie à chez moi, j’étais reconnaissante et heureuse de pouvoir sentir cet air qui entrait et sortait de mes poumons, marcher parmi ces arbres, ressentir le froid sur mes joues, la peau de mes mains qui me tiraillait et la couture de ma chaussette qui, appuyant contre ma chaussure, me faisait mal. Reconnaissante et heureuse d’être en vie, d’être là, d’être libre.

C’est l’âme du monde que j’ai commencé à lire en premier. L’illustration m’intriguait, comme souvent, les couvertures jouent beaucoup dans le processus de décision. Un jeune moine tibétain, lointain, au milieu d’une couverture blanche. Et ce titre, l’âme du monde. Où est-elle, existe-t-elle, à quoi ressemble-t-elle aujourd’hui l’âme du monde, existe-t-elle seulement ? Un court livre qui à ma grande surprise se présente sous la forme d’un conte… que j’ai voulu dévoré mais que j’ai finalement pris le temps de savourer. Goûtant chaque chapitre, le laissant résonner, faire écho jusqu’au fond de « mon moi ». Prendre le temps, parce qu’on a la chance de pouvoir le faire et qu’on court bien trop souvent après je ne sais quoi, je ne sais plus.

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J’ai toujours aimé les contes. D’aussi longtemps que je me souvienne j’ai toujours aimé les histoires, qu’on me raconte les histoires. Les yeux grands ouverts, suspendue aux mots, attendant avec frisson, ferveur, excitation la suite de l’intrigue. D’aussi longtemps qu’on s’en souvienne, je me suis toujours endormie un livre à la main. Aujourd’hui encore, même quand je m’écroule de fatigue, je saisis immanquablement un des nombreux livres situé sur / sous / à côté de ma table de nuit, ne serait-ce que pour en lire deux mots, que pour toucher le papier, sentir cette odeur. L’odeur de la liberté.

Vivre ensemble

L’âme du monde est joliment écrit. Les pages se lisent toutes seules et il faut une certaine folie / détermination pour choisir de n’en lire qu’un court extrait chaque jour. En plein dans le mille, le livre commence par :

Ces évènements étranges sont arrivés en l’espace de quelques heures.

Une grande catastrophe est sur le point de se produire. Une femme chamane, une philosophe européenne, une mystique hindoue, un maître taoïste chinois, un rabbin kabbaliste juif, un moine chrétien, un maître soufi musulman et un moine bouddhiste se rencontrent, tous mystérieusement poussés vers un même lieu au même moment. Comme je l’ai été ce 8 janvier. Je ne peux m’empêcher de noter les similitudes entre le récit et ce que j’ai vécu.

Il ne savait quels chemins prendre, mais le destin le guida de signes en rencontres.

Ces huit sages vont s’unir pour trouver et transmettre à deux adolescents la sagesse universelle, l’Âme du monde. Nous réconciliant, au passage, avec nos origines, la nature, et cette « force mystérieuse qui maintient l’ordre du monde ». Cette force invisible qui nous dépasse et qu’on ne saurait expliquer, peu importe le nom qu’on lui donne. L’invisible pour les yeux.

Continuons de nous laisser guider et nous verrons bien.

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Dans des temps troublés, ce livre offre une bulle d’oxygène, une belle expérience, un imbriquement de contes qui apaise et fait rêver. J’ai malgré tout été un peu gênée par cette accumulation de contes et citations en tous genres, parfois déjà lues et relues ailleurs, qui, trop présents, éclipsent parfois l’intrigue principale.

Un sage prit la parole et dit : « Un soir, un vieux sage s’adresse à son petit-fils en ces termes : ‘Mon enfant, il y a une lutte entre deux loups à l’intérieur de chacun de nous. L’un est mauvais, l’autre est bon.’
Le petit-fils réfléchit quelques instants, puis demande à son grand-père : ‘Quel loup va gagner ?’
– Celui que tu nourris. »

Un tour du monde des religions, cultures et idéaux, qui fait la part belle à nos différences. Navigant entre valeurs universelles et résonances personnelles, avec pour moi cette question en filigrane : quelle vie voulons-nous vivre et comment ?

Combien d’êtres humains passent l’essentiel de leur vie à se soucier de choses matérielles ou futiles et oublient de prendre le temps de vivre les expériences les plus essentielles : l’amour, l’amitié, l’activité créatrice, la contemplation de la beauté du monde ? Ils ne sont ni bêtes ni méchants, mais ignorants. Ignorants de ce que la vie peut donner de meilleur… et cela ne coûte rien ! Le superflu est onéreux, mais l’essentiel est offert. Encore faut-il le savoir.

Avec ses allures de Petit Prince, l’âme du monde vous fera voyager jusqu’à l’autre bout du globe, et jusqu’au tréfonds de vous-même, si vous vous décidez à le lire avec les yeux du coeur.

L’âme du monde, Frédéric Lenoir

Prix : 6e50 sur Amazon

Broché: 160 pages
Editeur : Pocket (21 août 2014)
Collection : Pocket

Et si on faisait un bout de chemin ensemble, nous aussi ?

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1 Comment

  • Reply [52 livres] Un classique, un conte, un coup de coeur et une surprise à dévorer ! – Formally Informal by Julie Duval 9 avril 2016 at 15 h 07 min

    […] au toucher. Je l’ai lu avec intérêt et plaisir mais avec moins de passion pourtant que l’âme du monde. Un conte à partager avec des plus jeunes ou à lire à tout âge pour « ceux qui ont […]

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