Confidences

Des projets par milliers

6 février 2015

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Premier post de l’année. Et cette étrange sensation qui me colle à la peau. N’avoir pas vu passer l’année qui vient de s’écouler. Et pourtant, après y avoir réfléchi longuement, après de nombreux « je n’avance pas » / « je suis nulle » / « je ne suis même plus sûre que cette voie me plaise, que ça me mène quelque part… », après avoir pris le temps de redérouler mon année à l’envers, avec du recul (oui j’y viens), j’ai quand même gravi quelques montagnes… ou du moins commencé l’ascension. Cet hiver, à la montagne justement, j’ai acheté cette carte postale qui dit « Qui veut gravir une montagne commence par le bas » (un proverbe chinois parait-il). De retour à la maison, je l’ai posé sur l’espèce de truc en bois que l’on ne voit que quand je pousse tout mon bazar (c’est à dire jamais) et qui s’appelle un bureau. J’espère qu’elle va m’inspirer cette année. Car à trop regarder le lointain sommet, on oublie de se retourner pour apprécier la distance déjà parcourue… Un premier post pour ne pas oublier d’où on vient et savoir où l’on va… ou pas tiens, et si on se décidait de (se) surprendre cette année ?

Bonjour je voudrais être comédienne

2011. Quand j’ai commencé ce blog, je venais d’être fraichement diplômée d’un master en communication et marketing. Je travaillais en tant que planneur stratégique junior dans une agence de communication digitale, un job que je visais depuis quelques années. À côté de mon travail, j’avais pris l’habitude, déjà pendant mes études, d’être modèle sur des shootings de temps en temps dans le but de me constituer une sorte de graal quand on débute, « un book ». Et puis, 2012. Un casting. Un casting qui va presque tout bousculer. C’est souvent ça, on peut en passer 100 sans qu’il ne se passe rien et puis un seul peut complètement changer la donne sans que l’on s’y attende. J’ai été choisie parmi des centaines de filles pour devenir égérie Saint-Algue. Je n’en revenais pas. Photographiée par Gilles-Marie Zimmermann (qui a dû shooter toutes les plus belles femmes de la planète..), je me suis retrouvée en kiosques dans des magazines et en grandes affiches dans toute la France. Ça a été mon déclic. Je me suis dit que si eux avaient crus en moi, d’autres pourrait le faire à leur tour. Je devais tenter le tout pour le tout. Et j’ai quitté mon job.

Je vous laisse imaginer l’incompréhension la plus totale qui a saisit mes proches. Que ce soit ma famille ou mes amis, la réaction a été la même. J’étais folle, inconsciente, irresponsable, une rêveuse qui allait se brûler les ailes (ce qu’il disaient / pensaient). Cette impression qu’ils me regardaient tous et attendaient la chute. Sans méchanceté aucune je crois mais comme quelque chose d’inévitable, si changer de voie était aussi facile ça se saurait. Et ce mélange de fierté et de peur. Chez eux comme chez moi. Je ne sais comment mais j’ai résisté. Sûrement parce qu’il était trop tard pour faire demi-tour. Aussi parce que je l’avais senti au fond de moi, cette envie irrépressible. Je ne pouvais pas me tromper, c’était là-bas que je voulais aller. C’était comme ça. Il le fallait.

Peu de temps après, j’ai décroché une vidéo pour UNE Beauty diffusée en home sur Madame Figaro, puis une série de petites vidéos pour Bourjois Paris et je me suis mis en tête d’aller plus loin. Je ne voulais pas seulement être modèle, être jolie et sourire quand on me disait de la faire. Non, je voulais être comédienne. Je voulais ressentir et partager.

J’ai passé les auditions des conservatoires d’arrondissement et la suite vous la connaissez (session de rattrapage pour les autres), puis je me suis inscrite dans une école de théâtre parisienne. J’ai suivi mes cours, continuant les castings et les séances photo, faisant du babysitting pour payer mon loyer et manger des pâtes bolo, des pâtes bolo et des pâtes bolo. 2013. J’ai décroché deux nouvelles campagnes, cette-fois en télé, un défilé pour L’Oréal et un contrat chez Tara Jarmon en tant que modèle cabine. Je commençais malgré tout à ne plus y croire, mes finances étaient au plus bas et les questions incessantes de mes proches, sur « comment j’allais gagner ma vie » et si je trouvais que ces quelques contrats étaient suffisants pour que je continue tête baissée dans cette folie, commençaient à faire leur chemin (sans compter que manger des pâtes bolo à chaque repas ça monte un peu à la tête gorge). C’est précisément à ce moment là que j’ai passé un (autre) casting, comme près 500 filles dans toute l’Europe, un casting pour une campagne mondiale tournée par un réalisateur américain nominé aux Oscars. C’est ce même réalisateur qui s’était déplacé pour le casting à Paris et qui m’a choisi (moi ?!) pour partir une semaine à Budapest, tourner dans le film de lancement de la XBOX ONE aux côtés de Zachary Quinto (alias Mr Spock)… Comment dire ? Je me suis pincée à peu près 3 fois par jour pendant 7 mois pour vérifier que ce n’était pas un rêve. Et c’est couverte de bleus que j’ai fini par arrêter… Je ne rêvais pas.

Bonjour je voudrais être libre

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Il a fallu attendre presque 6 mois pour que la publicité sorte et que je puisse ENFIN en parler puisque j’avais signé une clause de confidentialité (et on ne plaisante pas quand on signe un contrat avec Microsoft USA). 2014. J’ai contacté des agents artistiques pour avoir accès à d’autres castings : du théâtre, de la télé, du cinéma ! Et tout ne s’est pas passé comme sur des roulettes. J’avais déjà quelques expériences significatives, j’étais recommandée par trois directrices de castings et je venais de tourner dans un spot mondial réalisé par un réalisateur américain nominé aux Oscars… Mais ça n’était pas suffisant. Non. Mon profil était « prometteur et intéressant » mais il leur en fallait plus. Des courts-métrages, des pièces de théâtre, et que je les recontacte quand ce sera le cas.

J’ai suivi un stage casting avec Justine Heynnemann, un stage d’acting avec Jack Waltzer (de l’actor studio s’il vous plait) et j’ai remonté mes manches. Durant cette année qui vient de s’écouler, j’ai joué dans deux créations théâtrales à Paris, tourné dans mon premier court métrage et fais une voix off pour un second. J’ai aussi défilé pour la clôture du Salon du Chocolat en faveur de Mécénat Chirurgie Cardiaque, remis le couvert avec Saint-Algue pour une nouvelle collection et incarné la marque WRUNG. Et puis j’ai monté ma boite en rédaction. Réminiscence de mes études en lettres et communication, depuis le mois de juin, j’ai écrit et continue à écrire régulièrement des articles (ailleurs que sur le blog) mais aussi des pages web pour Air France, Orange, Areva, Total, SPIE, Logic Immo…

Bonjour 2015

Et puis parfois j’oublie, je m’égare, j’ai peur. Je procrastine. Moi qui ai toujours vécu dans un bazar sans nom, je me mets à ranger tout au carré, les placards, la vaisselle, le linge, je fais même mon lit c’est pour dire. Ce besoin de mettre de l’ordre sur ce que je tiens, ce que je peux tenir. Et y trouver du réconfort quand à côté j’avance dans des sables mouvants. Parce qu’à force d’avancer sur quatre échiquiers à la fois, j’ai parfois du mal à me souvenir où j’en suis et où je veux aller.

Et quand je me sens perdue, je lis. Voici les quelques lignes que j’ai lues dernièrement, et qui ont fait leur chemin. On ne peut pas dire que ce soit très récent (ouais, 63 – 64 après J.C. ça commence à dater) mais il est pourtant tellement vrai aujourd’hui encore (et le sera d’autant plus pour chaque jour qui passera). Lettres de Sénèque à Lucilius.

« Oui, c’est cela mon cher Lucilius, revendique la possession de toi-même. Ton temps, jusqu’à présent, on te le prenait, on te le dérobait, il t’échappait. Récupère-le, et prends-en soin. La vérité, crois-moi, la voici : notre temps, on nous en arrache une partie, on nous en détourne une autre, et le reste nous coule entre les doigts. Pourtant, il est encore plus blâmable de le perdre par négligence. Et, à y bien regarder, l’essentiel de la vie s’écoule à mal faire, une partie à ne rien faire, toute la vie à faire autre chose que ce qu’il faudrait faire.

Peux-tu me citer un homme qui accorde du prix au temps, qui reconnaisse la valeur d’une journée, qu’il comprenne qu’il meurt chaque jour ? car notre erreur, c’est de voir la mort devant nous. Pour l’essentiel, elle est déjà passée. La partie de notre vie qui est derrière nous appartient à la mort. Fais donc, mon cher Lucilius, ce que tu me dis dans ta lettre : saisis-toi de chaque heure. Ainsi tu seras moins dépendant du lendemain puisque tu te seras emparé du jour présent. On remet la vie à plus tard et pendant ce temps, elle s’en va.

Tout se trouve, Lucilius, hors de notre portée. Seul le temps est à nous. Ce bien fuyant, glissant, c’est la seule chose dont la nature nous ait rendu possesseur : le premier venu nous l’enlève. Et la folie des mortels est sans limite : les plus petits cadeaux, ceux qui ne valent presque rien et qu’on peut facilement remplacer, chacun en reconnait la dette, alors que personne ne s’estime en rien redevable du temps qu’on lui accorde, c’est-à-dire de la seule chose qu’il ne peut pas nous rendre, fût-il le plus reconnaissant des hommes. »

Sénèque, Apprendre à vivre. Lettre à Lucilius (an 4 avant J.-C  / an 65 après J.-C)

Cette année ira à l’essentiel, je l’ai décidé. Toi aussi, tu viens ?

2 Comments

  • Reply When dreams comes true : the rebel manifesto – Formally-Informal 5 mars 2015 at 17 h 52 min

    […] ! (j’aimerai en être à ce niveau… mais y’a encore du travail !) C’est parce que j’ai quitté mon travail pour suivre mes rêves et que, à la fois blogueuse, réda…, je ne veux pas rentrer dans un case, qu’Hogan m’a identifiée comme étant une rebelle […]

  • Reply ally 20 mai 2015 at 23 h 28 min

    « Parce qu’à force d’avancer sur quatre échiquiers à la fois, j’ai parfois du mal à me souvenir où j’en suis et où je veux aller. » Je comprends tellement ce sentiment… Et des expériences pour être prise au conservatoire me rappelle un peu tous ces entretiens que j’ai pu faire pendant les études mais aussi du travail… Avec des schémas trop étriqués, si tu ne rentres pas dans une case, c’est un problème ou les personnalités avec qui on sait qu’on ne pourra pas travailler de toute façon… Et du coup toutes ces pistes lancées dans lesquelles il faut se projeter et se donner à fond. C’est fatiguant. Mais ça paye toujours au fond de continuer… Du moment qu’on est aussi réaliste.
    Chouette blog en tout cas, c’est cool de partager tout ça.
    Tu devrais aimer cette citation sur l’instagram de Diane Kruger : https://instagram.com/p/2rf6HZjMJw/?taken-by=dianekrugerperso

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