Art, musique & littérature

L’autre pays, là où tu vis

26 mai 2014

Un récit de voyage atypique poétique qui m’a accroché, lâché, rattrapé… Serrant ma main, mais pas trop fort. La lâchant de temps en temps, voir si je le suivrai encore où si je choisirai de le quitter. On a flâné un peu tous les deux, entre douceur, ivresse et mélancolie. Je vous retrace notre balade…

 Non lasciarmi, ne me lâche pas ne me laisse pas

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J’entends passer un avion dans le ciel. Je pense aux gens, à l’intérieur. Combien sont-ils ? Qui sont-ils ? A des kilomètres de moi, des années lumières presque. Où vont-ils ? A quoi pensent-ils ? A qui rêvent-ils ?

Je ne sais pas ce qui me retient dans cette ville que je ne parviens pourtant pas à quitter.

Lire ce livre m’a donné une drôle d’impression. L’impression d’être en pleine mer, une sensation de va et vient, le remous des vagues sur la poitrine qui nous balance d’avant en arrière, de la réalité à l’imaginaire. Quand je commence à décrocher, je me sens tirée par de petites mains qui agrippent mes pieds. Je plonge. Dans l’histoire, dans mes souvenirs, dans mes racines. Dans ces récits que ma mamie m’a raconté 100 fois, parce que j’en voulais encore, je voulais qu’elle me les raconte encore, qu’elle se souvienne pour moi, comment c’était avant, comment papy et elle avaient quitté la campagne une valise à la main pour tout bien. Pour venir à la ville, ici. La ville qu’ils n’ont, après tant de courage, plus jamais quitté.

C’est la maison des dernières images.

Arrêter la lecture, fermer le livre, souvent, et rêver un peu.

La carte montre des cerisiers en fleur, une image au noir et blanc sali. Les lettres disent aussi le désir de rentrer en France, elles disent sans surprise le regret des bals du dimanche et toujours l’attente d’une réponse rapide.

Sei la mia estate, tu es mon été

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Ici ou ailleurs. Partout ailleurs. Je ferme les yeux et je suis en Italie. Avec toi.

Je marche comme si je cherchais quelque chose, comme si je voulais réentendre des souvenirs que ma mémoire a égarés.

Sébastien Berlendis nous parle d’un voyage en Italie, un voyage dans le temps, à la fois flou et précis, à travers des notes et descriptions de moments comme suspendus. L’œil d’un photographe ! J’en profite d’ailleurs pour préciser que les photographies qui illustrent ce billet sont de lui.

Au bord de l’eau, un grand-père règle la chorégraphie des méduses grosses comme des pieuvres. Il est celui autour de qui les bains s’organisent, celui qui calme les cris des enfants, il a le regard vif, le geste sûr, la parole douce, il est celui qui met un terme à l’agonie des méduses.

Le narrateur part sur les traces de ses ancêtres, italiens immigrés en France, tout en poursuivant le souvenir d’une femme qu’il a aimé et perdu.

Il manque l’odeur des pins, la courbe et la blancheur de ton dos.

Pèle-mêle, ces mots que j’ai aimé et qui plantent bien l’univers dans lequel vous vous embarquerez :

La terre brune, les rues noires et inquiétantes, le visage à la fois perdu et émerveillé, des jeunes gens pâles et oubliés, après les feux d’artifices et les éclats de champagne, dans le froid de l’hiver quarante-trois, Federica, des images d’automne, des peupliers à l’infini, la tête enveloppée de pins et de ciels, les paupières closes, je rêve de forêts.

La terra trema, la terre tremble

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Un livre spécial qui vous parlera fort ou qui ne vous touchera pas. Une succession de phrases mises bout à bout, comme dans un carnet de notes de voyage. Et un style vraiment particulier, un peu too much parfois je trouve quand il arrive que ça enlève à la simplicité et la beauté des scènes… Dommage.

C’est aussi dans ces rues vierges de toute trace de toi que tu ressurgis avec le plus de force.

Un livre qui demande du lâcher prise, pour se laisser emporter dans l’histoire du narrateur, la nôtre. Un livre très court aussi (70 pages !) qui a fait pourtant naître en moi beaucoup d’images, de souvenirs et de pensées.

À l’intérieur, tout est à sa place, simplement vieilli de quelques années.

sebastien-berlendis-l-autre-pays-formally-informal2-pic-by-Julie-HouttemaneL’autre pays, Sébastien Berlendis

Prix : 12e35 à la Fnac
Broché: 80 pages
Editeur : Stock (16 avril 2014)
Collection : La Forêt

Un grand merci aux éditions Stock de m’avoir fait parvenir cette gourmandise italienne :-)

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2 Comments

  • Reply Ce qui vous attend pour la rentrée littéraire chez Stock | Formally Informal 10 juin 2014 at 15 h 46 min

    […] les faisant sortir de l’anonymat. Des réflexions que j’ai moi-même souvent, comme j’ai pu l’écrire il y a peu au début d’un de mes articles. J’ai trouvé Adrien Bosc passionnant à l’oral, nous verrons s’il l’est […]

  • Reply Berlendis 15 décembre 2016 at 12 h 56 min

    Merci beaucoup pour ce très beau texte, et cette belle mise en page. Très heureux de savoir que le livre a fait surgir en vous tant d’images…
    Sebastien b

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