Art, musique & littérature

La femme d’avant

3 novembre 2012

« Que nous devions nous aimer éternellement. C’est ce que tu avais dit. »

Une promesse

Ils se sont connus il y a 24 ans. Précisément 24 ans. Elle avait 17 ans, il en avait 20. Ils se sont aimés pendant tout un été et se sont quittés sur une promesse : s’aimer pour toujours.

24 ans plus tard, Frank, marié à Claudia et père depuis 20 ans, s’apprête à déménager avec sa famille. Tout est emballé, c’est leur dernière nuit dans l’appartement. L’interphone sonne. Plusieurs fois. Frank décroche mais personne ne parle. On frappe à la porte. Plusieurs fois. Il demande qui est là. Rien. C’est alors qu’il ouvre la porte brusquement pour tomber sur une femme, Romy. Romy Vogtländer.

Il ne comprend pas ce qu’elle cherche ici. Elle l’a cherché pendant des années. Il ne la reconnait pas. Elle vient pour qu’il se souvienne de sa promesse et qu’il l’honore. Ils s’étaient promis de s’aimer pour toujours.

Romy V.
C’est un cauchemar dont je vais très bientôt me réveiller,

et dès que j’ouvrirai les yeux, tu te pencheras sur moi, tout près de mon visage, et tu me demanderas tendrement : Comment tu vas ? Tu vas bien ? Et moi je dirai : Je le savais, tu es enfin revenu me chercher. Et puis nous nous embrasserons.

Le quotidien et l’inattendu

Frank et Claudia sont finalement aujourd’hui un couple lambda, leur vie emballée dans des cartons, qui apparait comme pesante, presque sans relief. C’est dans le contexte du déménagement, qui fait remonter, à tous les membres de la famille, des souvenirs enfouis, qu’apparait Romy Vogtländer. Sure d’elle-même, elle semble n’avoir peur et ne douter de rien. Une étincelle de folie dans les yeux, elle va changer le cours de la vie de cette famille de manière irrémédiable.

Claudia
Je suis la mère de son enfant, j’ai accompagné cet homme à toutes le étapes de sa vie, je connais chacune de ses pensées, chaque geste, chaque pas, et il me connaît pareillement…

Romy V.
Connaître ! Connaître peut-être, mais aimer

Une pièce de théâtre prenante qui se lit en une petite heure. J’ai beaucoup aimé le style de Roland Schimmelpfennig (absolument imprononçable, nous sommes d’accord). Cette façon de raconter le quotidien, une situation de vie classique traitée de manière contemporaine, surprenante. Avec des moments où le temps semble s’arrêter, des retours avant et arrière, des détours, le traitement du temps est absolument génial ! Et étonnant pour du théâtre. Après avoir fini ce livre, deux envies : voir la pièce montée et lire un autre texte de Roland Schimmelpfennig. J’ai d’ailleurs commandé une autre pièce de cet auteur contemporain berlinois incontournable (que je découvre seulement maintenant).

Qu’est-ce qu’on va devenir ?
Je ne le sais pas, je n’en ai aucune idée.
Je tiens sa main, ou lui la mienne, nous sommes assis là et nous ne savons pas comment continuer.

Plusieurs problématiques se confrontent dans cette pièce. La question du couple en enjeu central : Romy et Frank, Frank et Claudia, mais aussi Andy et Tina, leur fils et sa petite amie – proches de l’âge qu’avaient Romy et Frank à l’époque. L’innocence des rêves adolescents face aux désillusions amères de l’âge adulte. Un parallèle crucial qui marque une rupture nette dans la pièce, un changement de cap dans la suite des évènements. Une fin surprenante aussi, terrifiante même. Je suis restée figée sur les dernières lignes du livre, que je vous laisse la surprise de découvrir.

Les années de vie commune feront-elles le poids face au souvenir d’un premier amour ? Finalement est-il possible d’aimer éternellement ?

La femme d’avant, Roland Schimmelpfennig

Prix : 8e68 sur Amazon
Broché: 80 pages
Editeur : L’Arche (26 juillet 2006)
Collection : Scène ouverte

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