En voilà un titre à rallonge (vous vous dites). Et en effet (je vous comprends). Je me décide enfin. J’en parle. Je l’écris même. Je le publie carrément sur L’Internet. Ce moment de latence que j’ai préféré ignorer jusqu’à présent. J’ai passé les concours pour les conservatoires d’art dramatique de Paris ET JE ME SUIS PLANTÉE !
Visuellement, ça ressemblerait même carrément à ça :

Historique
Viens, je t’explique. Avril. J’arrête le planning stratégique en agence pour reprendre ma passion là où je l’ai arrêtée il y a 5 ans. Mai. Je m’informe. Juin. Je m’inscris. Juillet. Aout. Je travaille, j’apprends, je répète, je joue, je corrige, je pleure, je persévère, je n’y arriverai jamais, je m’améliore, je vais y arriver, je vomis mon texte, je ne sais plus pourquoi je fais tout ça, je vais tout déchirer, je. Septembre. J’y suis. Les auditions. Trois conservatoires. Trois auditions en art dramatique.
T’entends ça, DRA_MA_TI_QUE. Art. Dramatique. Tu parles… Avec un nom pareil, j’aurais du me douter de quelque chose. Je prends le Larousse.
Art dramatique
Dramatique : Donc, du bas latin drama qui signifie action. Définition.
1. Qui se rapporte au théâtre ou qui touche la profession théâtrale : Cours d’art dramatique.
OK, très bien. Merci pour l’exemple.
2. Qui possède les caractéristiques du drame ou en évoque le caractère.
Ah, voilà on se rapproche un peu plus. Qui possède les caractéristiques du DRAME* !
* Une précision sémantique s’impose. Mais nous y reviendrons plus tard, en dernière partie.
3. Qui comporte de sérieux dangers, des conséquences graves ; tragique, terrible : La situation financière devient dramatique.
De SÉRIEUX DANGERS, des CONSÉQUENCES GRAVES et, cerise sur le gâteau, l’illustration donnée : "La situation financière devient dramatique.". Tout est résumé je crois. Pourquoi j’ai voulu m’inscrire au conservatoire ? Pourquoi ne pas faire comme tout le monde et faire du théâtre aux Cours Florent par exemple ? Trois raisons.
L’enseignement, classique, rigoureux, qualitatif – une valeur sure. La reconnaissance de la formation par les professionnels. Le coût, basé sur les revenus – entre 100 et 600 euros l’année quand, chez Florent, il faut quand même débourser 360 euros le mois. Trois raisons donc, et trois problèmes. Ne pas être prise dans un conservatoire m’a posé trois problèmes.

Le premier, la remise en question. Savoir si j’étais vraiment faite pour ça, si à trop rêver je ne m’étais pas voilée d’illusions, si finalement il ne fallait faire comme tout le monde et rentrer dans le rang. Se résigner, ils auraient raison. Deuxièmement, si je ne peux avoir accès à l’enseignement public, comment vais-je pouvoir me payer une formation privée ? Et pour finir, la question de l’abandon ou la poursuite. Et en fait c’est bien ça, c’est bien ce mot "poursuite". La poursuite d’un but, la poursuite d’un rêve, la poursuite du bonheur. La poursuite de ce qu’on veut en fait. Vous pouvez en faire l’expérience. Écrivez : La poursuite [suivi d'un complément de nature positive]. Positive. Faire ce que j’aime pour être heureuse. Alors la poursuite devient plus forte que tout.
4. Qui suscite une vive émotion ; poignant : L’intensité dramatique de la scène finale.
L’émotion était bien là, du début à la fin. Je n’ai jamais cessé de ressentir, de penser, de vivre. Ce type de situation qui te prend aux tripes. Parce que tu as tout plaqué pour ça et que tu ne peux plus faire marche arrière. Le cran qu’on a pour avancer il ne faut pas l’avoir qu’une fois, il faut l’avoir tous les jours parce que c’est loin d’être facile. Mais, honnêtement, ça en vaut tellement le coup.
Auditions
Trois conservatoires. Trois auditions très différentes les unes des autres.
Premier round
La première, dont je garde un souvenir horrible, s’est très mal passée. Près de 3h de retard. Arrivée vers 9h du matin. L’attente était longue. Tout le monde s’observe, la nervosité est palpable. Je tente de me concentrer, l’enjeu est grand et mes proches sont au courant. Mettre ses proches aux courant. Une chose que je déteste faire. J’ai horreur de ça. Ça ne fait qu’ajouter de la pression qui, de manière quasi systématique, me fait rater mes examens. Alors, mettre mes proches au courant, j’évite. Mais cette fois-ci, j’avais le sentiment de ne pas avoir le choix. "On s’inquiète pour toi // On aimerait bien savoir ce que tu fais // Et à la rentrée, tu y as pensé à la rentrée // Et…" OK voilà je prépare les auditions en art dramatique pour les conservatoires de Paris. Voilà comment tout cela s’est passé. J’avais envie qu’on me laisse tranquille, et finalement c’était pire. Ils attendaient tous les résultats.

Vous voulez savoir comment s’est passée l’audition ? J’entre dans la salle complètement éclairée sur une quinzaine de personnes (où sont passés les deux ou trois membres du jury ?), les élèves de dernière année au grand complet accompagnés de leur deux professeurs. Pour ce qui suit, je suis proche du trou noir. Je ne me souviens que de mes symptômes physique. La bouche pâteuse, les mains moites et les genoux qui tremblent à un point que je me demande encore comment je suis restée debout pendant la durée de l’exercice (à peine 5 minutes pourtant). J’étais probablement à deux genoux doigts de l’évanouissement. Vraiment, le coup des genoux, une première. Et ça tombe bien (enfin…) parce qu’on m’avait conseillé de mettre une jupe. (ceci est un fail. Et parce qu’un fail n’arrive jamais seul, il y en a encore deux qui suivent) Tant qu’à faire, autant se planter jusqu’au bout.

Je sors de là (terrorisée) avec cette petite voix en moi qui me dit : Dieu m’a donné la foi qui brûle au fond de moi j’ai le cœur cette force qui guide mes pas Allez c’était l’échauffement, tu t’es confrontée à l’exercice, il te reste deux essais !
Deuxième round
Deuxième tentative. J’ai eu le temps de me rebooster, j’arrive très confiante. Si je dois en avoir un c’est celui là. Je pense partir avec un avantage : ce conservatoire demandait un parcours libre et le mien défonce ! Un parcours libre, c’est la possibilité de sortir des contraintes draconiennes imposées par le conservatoire en proposant une création qui exprime à la fois notre personnalité et nos inspirations. Je sais exactement ce que je veux faire, alors je loue un studio de danse plusieurs heures pour travailler un parcours trois en un (hé j’ai pas bossé dans le marketing pour rien) !

Bon… OK.

Lecture de passages sélectionnés dans ce livre que j’aime particulièrement, L’amour dans le vie des gens (dont je parle ici), accompagné d’une chorégraphie néo-classique sur une musique rock des Stuck in the sound, Tender. Mélange des genres, avec un thème central, l’amour. Ce parcours libre c’était moi toute entière. Alors s’ils ne m’aiment pas comme je suis, je suis bien heureuse qu’ils ne m’aient pas prise !
Scène coupée au bout de 3 minutes, parcours libre – préparé exclusivement pour ce conservatoire – coupé au bout d’1 minute 30. La sentence est sévère. Des heures de travail. Et pourtant une seule requête à ces messieurs les jurés, respecter ce travail, nous laisser nous exprimer. Tu parles. Ça n’avait même pas commencé qu’il annonçait déjà "On a pris beaucoup de retard, on doit faire au plus vite". Sacrée pédagogie…

Troisième round
Dernière tentative. Déjà. Conservatoire le plus exigent aussi. Je n’ai rien à perdre. Ou plutôt si. Je tente le tout pour le tout. A l’annonce de la liste des convoqués du jour, surprise. Le professeur invite tous les participants à entrer dans l’auditorium et assister aux auditions. Moment gênant et stressant. Jusqu’à présent les auditions se faisaient uniquement en présence des membres du jury. A huis clos en quelque sorte. Avant que l’audition ne commence, une mise en garde du professeur : "Vous êtes prêts de 400 à passer l’audition, je n’ai que 8 places. La sélection est très difficile et ne dépend pas uniquement du talent mais également de critères divers tels l’âge, le sexe, l’expérience… Aussi, surtout, ne remettez pas en question votre qualité d’acteur si vous n’êtes pas sélectionné. C’est très important. Il y a trop de facteurs en jeu pour ça." Bon.

Finalement, assister aux auditions est très enrichissant. Je me rends compte à quel point il est difficile de faire un choix car l’évaluation se fait sur des textes d’époques et de composition totalement différentes, opposés. Tous ont du talent, "quelque chose", c’est indéniable. Pour autant, ce qu’il en ressort, c’est des parcours standardisés : tous très jeunes (18-20 ans), dont 80% étudient l’art dramatique dans le cadre d’une licence 1 ou 2 à l’université, 20% sont en compagnie ou suivent en plus des cours chez Florent. Ce concours, ils y sont préparés…
A mon tour. Ma réplique doit partir rapidement car elle a un empêchement plus tard dans l’après-midi, nous passons donc en troisième position. Jamais deux sans trois dit-on. Trois. Un chiffre qui décidément ne me réussit pas. Ici, on a le temps. Le professeur insiste pour que l’on se mette à l’aise, que l’on prenne le temps qu’il nous faut. En plus de la remarque qui a ouvert la séance, je suis agréablement surprise. Voilà une personne avec qui j’aimerai travailler. J’entre sur scène. Je bouge beaucoup, je ne tiens pas mes positions pourtant "le public" réagit favorablement face à la scène. Enfin je crois. Je ne sais plus. Je me pose trop de questions. Je n’arrive pas à lâcher prise. Fin de la scène, début de l’entretien. Encore une fois la question de mon âge. Comme si ça semblait aberrant de commencer une formation d’art dramatique à 24 ans. Cette rigidité qui m’exaspère. Pourquoi j’ai arrêté le théâtre il y a 5 ans ? Pourquoi je reprends maintenant ? … Si on ne rentre pas dans vos critères, c’est trop compliqué. Comprendre, c’est trop compliqué. Recalée. Une troisième fois. La dernière fois.
Et dans sa tête était écrit en lettres capitales le mot FIN.

Précision sémantique
J’y reviens. Un drame. Voilà, je vis ça comme un drame.
Drame :
A. Événement ou série d’événements tragiques opposant des êtres humains les uns aux autres ; tragédie : Un drame de la jalousie.
C’était un peu ça. Une compétition. Qui m’opposait aux autres candidats, à moi même aussi. Et puis TRAGÉDIE, le mot est lancé. Je suis devant le conservatoire. La liste tombe. Les heureux élus. 8 pauvres noms sur une vulgaires feuille blanche. 8 pauvres petits noms pour près de 400 personnes auditionnées. J’ai le cœur qui bat. Je m’approche. Je plisse les yeux. Je n’y suis pas. Je regarde encore et encore la liste. Je reste là les yeux dans le vide. Julie… Julie… Ils ont peut-être fait une faute d’orthographe, je… Je relis tous les noms. Un par un. Je relis TOUS LES NOMS. Un. Par. Un. Je ne suis pas sur la liste. Trois fois. Trois fois, je me suis retrouvée devant une liste où il n’y avait pas mon nom. Ou plutôt deux. La première fois j’avais téléphoné et ils me l’avaient annoncé au téléphone. J’ai failli y aller pour avoir le cœur net et vérifier moi-même sur la liste. Il aurait pu faire une erreur, ce n’aurait pas été de sa faute, c’est vrai j’ai un nom compliqué. Non.
Je vis ça comme un échec monumental. Une impression. J’arrête de respirer. Mon cœur bat de plus en plus fort mais l’air ne veut plus rentrer dans mes poumons. Alors c’est donc ça. Tous ces efforts pour… ça ? Pour rien ? Ou plutôt si, pour être déçue, pour être triste, pour être mal, avoir honte, échouer.

B. Événement auquel on attribue une importance ou une gravité excessive : Ne pleure pas, il n’y a rien de grave, ce n’est pas un drame.
Et cet ami qui me cite Batman Begins : "Pourquoi tombons nous Bruce ?… Pour mieux apprendre à nous relever." Avec du recul, je repense à tout ça. Et finalement, oui, je me rends compte que j’ai accordé à ce concours, à cet échec, une importance ou une gravité excessive. Ce n’est pas un drame, c’est peut-être même une belle histoire. Je voulais passer par la voie classique, mais je crois me souvenir que les chemins dérobés ne sont pas les moins intéressants. Et ça en vaudra encore plus la peine. Une raison de plus de se battre. Et, vous savez quoi ? Je me suis inscrite dans des cours de théâtre depuis plus d’un mois, et j’adore ça !
L’envie !
Suivez vos rêves et ne laissez personne vous barrer la route. Tout est possible. Pas sans compromis, certes. Mais allez au bout de ce qu’on désire vraiment intérieurement en vaut la peine, je vous le garantie. Et si vous échouez, ne lâchez rien et soyez fier de vous, car vous avez eu le cran de le faire ! Et tout le monde ne peut pas en dire autant…
A bientôt, dans vos nouvelles vies

NB : Ce billet ne serait pas complet si je ne remerciais pas ma gentille copine qui m’a accompagné du début à la fin de cette aventure, qui m’a supporté dans mes moments de doutes et de stress, qui m’a aidé et consacré beaucoup de temps. Merci à toi Julie Uninsky (qui cherche d’ailleurs en ce moment du travail dans le marketing sportif ! Si je peux lui donner un coup de pouce également). Ils ne m’ont pas prise mais finalement peu importe, on se sera bien amusées
La majorité des GIFs ci-dessus sont issus du génialissime If you don’t remember me.